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des lectures de vigiles
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du 27 janvier au 23 février 2008
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Word 95
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LE
CHOIX DES LECTURES DE FRÈRE LUC DU
26 JANVIER AU 23 FÉVRIER
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Mercredi 30 janvier
Richard Rolle : Aimer Dieu sans mesure
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Vendredi 1er février
Origène : Le puits de l'Écriture
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Mardi 5 février - Sainte Agathe
Séraphim de Sarov : La grâce de l'Esprit
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Mercredi 6 février - Mercredi des Cendres
Silouane :
Adam, notrePère
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Lundi 11 février
Dorothée de Gaza :
Le combar spirituel
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Lundi 18 février
Origène :
Le passage de la Mer Rouge
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AIMER DIEU SANS MESURE
Quelle mesure Dieu a-t-il fixée à
l’amour lorsqu’il s’est lui-même offert pour nous sans partage, et qu’il nous a
commandé de l’aimer de tout notre être ? Nous lui devons toute notre vie,
toute notre intelligence ; tout ce que nous sommes, nous le lui devons, à
lui dont nous tenons tous les biens que nous possédons. Le meilleur ordre pour
la charité est donc de n’en point avoir. Il est glorieux, ce degré d’amour qui
est sans degré, et elle est digne de louange, cette mesure qui est sans
mesure !
Frères, ne mettez pas de mesure à
votre amour de Dieu ! Il n’est pas un amant véritable, celui qui fixe une
limite à son amour pour Dieu. Que l’amour soit toujours vainqueur ; qu’il
croisse sans cesse davantage et que, durant toute notre vie, il soit tendu vers
de plus hautes cimes. Ne vous imaginez jamais avoir atteint le sommet. Vous ne
pourrez jamais aimer Dieu comme il le mérite, et, si grand que soit votre
amour, vous trouverez encore au ciel des égaux, voire des maîtres en amour
brûlant. Comprenez bien, dès lors, que si le commandement d’aimer les créatures
comporte une mesure, c’est celle de ne point paraître égaler la créature au
Créateur. Mais le précepte d’aimer Dieu, lui, exclut toute mesure. Ce qui
signifie clairement que partout, sans trêve, en toute occasion, toujours et
totalement, le Christ doit être aimé. Notre amour pour Dieu sera donc ardent,
véhément, brûlant, impétueux, invincible, indissoluble, exclusif, attirant à
lui l’être entier, le transférant tout entier en lui, l’assujettissant
entièrement à son service.
Enfin l’amour, lorsqu’il
s’accompagne de délices, devient audacieux et sans retenue. Il se fixe
solidement en l’Aimé, languit incessamment d’amour, méprise tout ce qui ne le
conduit pas à lui. Il estime que sans lui, rien ne peut réussir, qu’avec lui,
aucun tourment n’est redoutable. Voilà cette dilection forte comme la mort,
cette jalousie inflexible comme le shéol : "les grandes eaux ne
peuvent l’éteindre, ni les fleuves la submerger". Voilà la charité des
parfaits et l’amour des amants véritables. En lui les saints mettent leur joie,
fixent leur désir, aspirent à aimer. Il n’est d’attrait, de sentiment, d’action
qu’ils ne mettent sous le signe de leur amour, car l’amour est fort comme la
mort. Jusqu’à la mort, il ne s’épargne pas pour l’Aimé. Comme la mort qui nous
fait tous périr, ainsi l’amour vrai ne laisse aucun sentiment contraire
subsister dans le cœur. Il tue radicalement tout désir terrestre dans l’âme
qu’il a parfaitement enveloppée de sa douceur. Ô force de cet amour qui vainc
tout et lie intimement Dieu lui-même, Dieu l’invincible et
l’insaisissable !
Oui, très fort est le feu de
l’amour, très puissant le pouvoir de la charité. Elle brûle, et l’esprit est
purifié, la chair assagie, l’impudence domptée, les désirs refrénés, les vices
ruinés, la rouille consumée. Les pleurs se changent en joie, des consolations
merveilleuses inondent toutes les fibres de l’âme. Un siège est préparé pour le
Roi éternel, un trône orné pour la Trinité. L’entrée est libre, la porte s’ouvre, et
elle est ensuite gardée contre toute incursion étrangère. Ô amour si
bienfaisant ! Ô bienfait si aimable ! Il nous procure tous les biens
et sans lui nous n’en possédons aucun pour notre salut. L’amour est la joie de
mon silence, le baume de ma pénitence, l’élan de ma prière, la douceur de ma
méditation, l’aliment de ma contemplation, l’onction de mon chant,
l’inspiration de mes écrits. Pas de faux pas pour qui l’aime ! Le chemin
est droit pour qui le garde.
Le chant d’amour, 50, p. 183-187
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LE PUITS DE L’ÉCRITURE
Rébecca, dit l’Écriture, venait
puiser de l’eau au puits, avec les jeunes filles de la ville". Chaque jour
Rébecca venait au puits, chaque jour elle puisait de l’eau. Et c’est parce
qu’elle passait du temps chaque jour auprès des puits, qu’elle fut trouvée par
le serviteur d’Abraham et put s’unir en mariage à Isaac.
Penses-tu que ce sont là des
fables et que l’Esprit Saint nous raconte des histoires dans l’Écriture ?
Non, c’est pour instruire les âmes et c’est une doctrine spirituelle qui te
forme et t’apprend à venir chaque jour au puits des Écritures, aux eaux de
l’Esprit Saint, à y puiser sans cesse et à en rapporter chez toi un plein
récipient, comme le faisait sainte Rébecca. Celle-ci n’aurait pu épouser un aussi
grand patriarche qu’Isaac, né en vertu de la promesse, si elle n’avait puisé
ces eaux et si elle n’en avait puisé en si grande quantité qu’elle put donner à
boire non seulement à ceux de sa maison, mais aussi au serviteur d’Abraham. Et
non seulement donner à boire au serviteur, mais faire abonder les eaux qu’elle
tirait des puits au point de pouvoir “abreuver encore les chameaux, jusqu’à ce
que, dit l’Écriture, ils n’aient plus soif”.
Tout ce qui est rapporté dans
l’Écriture est mystère. Le Christ veut te fiancer à lui, toi aussi. C’est à toi
qu’il s’adresse quand il dit par le prophète : "Je te fiancerai à moi
dans la fidélité et la miséricorde, et tu connaîtras le Seigneur". Voulant
donc te fiancer à lui, le Christ t’envoie un serviteur : la parole inspirée.
Si tu ne l’accueilles pas, tu ne pourras épouser le Christ.
Sache cependant que sans exercice
et sans connaissance, personne n’accueille la parole inspirée ; en
revanche, l’accueille celui qui sait tirer l’eau des profondeurs du puits, et
qui sait tirer une telle quantité qu’elle suffise à ceux qui paraissent
dépourvus de raison et dans l’erreur, dont les chameaux sont la figure ;
celui-là peut alors dire : “Je me dois aux sages et aux sots”.
Tu diras peut-être : si le
serviteur représente la parole inspirée, comment se fait-il que Rébecca lui
donne à boire, alors que c’est plutôt lui qui devrait le faire ? Regarde
s’il ne ferait pas comme le Seigneur Jésus a fait, lui aussi. Pain de vie, il
nourrit ceux qui ont faim. Et pourtant il déclare qu’il a faim, quand il
dit : “J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger”. De même, il est l’Eau
vive et abreuve tous ceux qui ont soif. Et pourtant il dit à la Samaritaine :
“Donne-moi à boire !”
Ainsi en est-il de la parole
inspirée : elle désaltère ceux qui ont soif, et pourtant elle dit qu’elle
se désaltère auprès d’eux, quand elle est l’objet de l’étude et des attentions
vigilantes des chrétiens zélés. Donc s’il est une âme de cette sorte, qui fait
tout avec patience, qui est aussi empressée et qui s’appuie sur un si grand
enseignement, qui est habituée à tirer des profondeurs les eaux de la science,
cette âme-là peut s’unir au Christ par des noces.
Homélie 10 sur la Genèse, 2-3..
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LA GRÂCE DU SAINT-ESPRIT
C’est dans l’acquisition de l’Esprit
de Dieu que consiste le vrai but de notre vie chrétienne ; les prières,
les veilles, le jeûne, l’aumône et les autres actions vertueuses faites au nom
du Christ, ne sont que des moyens pour l’acquérir.
Lorsque les vierges folles
manquèrent d’huile, il leur fut dit : "Allez en acheter au
marché". Mais à leur retour, elles trouvèrent fermée la chambre des noces,
et ne purent entrer. Pour certains, le manque d’huile de ces vierges folles
symboliserait l’insuffisance des actions vertueuses accomplies au cours de leur
vie. Une telle interprétation n’est pas complètement juste, car elles étaient
vierges, quoique folles. Or la virginité est une haute vertu, un état
quasi-angélique, pouvant remplacer toutes les autres vertus. Pour moi,
misérable, je pense qu’il leur manquait justement le Saint-Esprit de Dieu. Tout
en pratiquant des vertus, ces vierges, ignorantes de l’Esprit, mettaient toute
la vie chrétienne dans la pratique de ces vertus. Nous avons agi d’une façon
vertueuse, nous avons fait œuvre pie, pensaient-elles, mais elles n’avaient nul
souci de savoir si, oui ou non, elles avaient reçu la grâce du Saint-Esprit. De
ce genre de vie, où l’on porte uniquement son attention sur la pratique des
vertus morales, sans examiner avec soin si elles nous apportent la grâce de
l’Esprit, et si elles nous l’apportent abondamment, il a été dit dans les
livres saints : "Certaines voies qui paraissent bonnes au début, mais
conduisent à l’abîme infernal".
En parlant de ces vierges, Antoine
le Grand déclare dans ses lettres aux moines : "Beaucoup de moines et
de vierges ignorent complètement la différence qui existe entre les trois
volontés agissant à l’intérieur de l’homme. La première est la volonté de Dieu
parfaite et salvatrice ; la seconde est notre volonté humaine qui en soi,
n’est ni néfaste, ni salvatrice ; tandis que la troisième, diabolique, est
tout à fait néfaste. Cette troisième volonté, ennemie, oblige l’homme, soit à
ne pas pratiquer la vertu, soit à ne la pratiquer que par vanité, ou uniquement
pour le bien, et non pas pour le Christ. La deuxième, notre volonté propre,
nous incite à satisfaire à nos mauvais instincts, ou, comme celle de l’ennemi,
nous apprend à faire le bien au nom du bien, sans nous soucier de la grâce
qu’il nous est loisible d’acquérir. Quant à la première volonté : celle de
Dieu, salvatrice, elle consiste à nous apprendre à faire le bien uniquement
dans le but d’acquérir le Saint-Esprit, trésor éternel, inépuisable, que rien
au monde n’est digne d’égaler.
C’est justement la grâce du
Saint-Esprit, symbolisée par l’huile, qui faisait défaut aux vierges folles.
Elles sont appelées folles parce qu’elles ne se souciaient pas du fruit
indispensable de la vertu qui est la grâce de l’Esprit Saint, sans laquelle
personne ne peut être sauvé, car toute âme est vivifiée par le Saint-Esprit,
afin d’être illuminée par le mystère sacré de l’Unité Trinitaire. Le
Saint-Esprit lui-même vient habiter nos âmes, et cette résidence en nous du
Tout-Puissant, la coexistence en nous de son Unité Trinitaire avec notre esprit,
ne nous est donnée qu’à condition de travailler, par tous les moyens en notre
pouvoir, à obtenir cet Esprit Saint qui prépare en nous un lieu digne de cette
rencontre, selon la parole immuable de Dieu : "Je viendrai et
j’habiterai en eux, je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple".
Voilà l’huile que les vierges
sages avaient dans leurs lampes ; c’est une huile capable de brûler
longtemps, haut et clair, qui permet d’attendre l’arrivée de l’Époux au milieu
de la nuit, et d’entrer avec lui dans la salle des noces, dans la joie
éternelle.
Entretien avec Motovilov - Dans "Séraphin de
Sarov", Théophanie, p. 157-158.
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ADAM, NOTRE PÈRE !
Ô Adam,
j’écris à ton sujet. Mais, tu le vois, mon esprit est trop faible pour
comprendre ton désir de Dieu, et comment tu portais le fardeau de la pénitence.
Ô Adam, tu
vois combien, moi, ton enfant, je souffre sur terre. Il n’y a presque plus de
feu en moi, et la flamme de mon amour est près de s’éteindre. Ô Adam, notre
père, chante-nous le cantique du Seigneur, pour que toute la terre l’entende,
pour que tous tes fils élèvent leur esprit vers Dieu, se réjouissent aux sons
du chant céleste et oublient leurs peines sur la terre.
Et Adam
dit : Mes enfants, laissez-moi en paix. Je ne puis m’arracher à l’amour de
Dieu et parler avec vous. Mon âme est blessée par l’amour du Seigneur et se
réjouit de sa beauté. Comment pourrais-je me souvenir de la terre ? Ceux
qui vivent devant la Face du Seigneur ne peuvent penser aux choses de la terre.
- Ô Adam,
nous sommes pourtant tes enfants. Dis-nous, à nous qui peinons sur terre,
comment on peut hériter du Paradis, pour que, nous aussi, comme toi, nous
contemplions la Gloire du Seigneur. Notre cœur languit après le Seigneur, alors que, toi, tu demeures
dans les Cieux et te réjouis de la
Gloire du Seigneur. Nous t’en supplions, console-nous !
- Pourquoi
élevez-vous la voix vers moi, mes enfants ? Le Seigneur vous aime, et Il
vous a donné les commandements. Observez-les ; aimez-vous les uns les
autres, et vous trouverez la paix en Dieu. À toute heure, repentez-vous de vos
péchés, pour que vous puissiez rencontrer le Seigneur. Le Seigneur a dit :
"J’aime ceux qui m’aiment, et je glorifierai ceux qui me glorifient".
- Ô Adam,
chante-nous l’un des chants que tu entends au Ciel, Pour que toute la terre
l’entende et que les hommes oublient leurs misères. Ô Adam, nous sommes
accablés de tristesse.
- Ne
troublez pas ma paix. Le temps de mes souffrances est passé. La beauté du
Paradis et la douceur de l’Esprit Saint sont telles que je ne puis plus me
souvenir de la terre. Mais voici ce que je vous dirai : Le Seigneur vous
aime, et, vous aussi, vivez dans l’amour. Soyez obéissants à toute autorité,
humiliez vos cœurs, et le Saint-Esprit vivra en vous. Il vient silencieusement
dans l’âme, lui donne la paix, et, sans parole, témoigne de son salut. Chantez
à Dieu avec amour et humilité d’esprit, car c’est en cela que se réjouit le
Seigneur.
- Ô Adam,
notre père, que devons-nous donc faire ? Nous chantons, mais nous n’avons
ni amour ni humilité.
-
Repentez-vous devant le Seigneur, et demandez. Il aime les hommes et leur
accordera tout. Moi aussi, je me suis beaucoup repenti, et j’ai beaucoup
souffert d’avoir offensé le Seigneur, et d’avoir, par mon péché, perdu la paix
et l’amour sur terre. Mes larmes ruisselaient sur mon visage et inondaient ma
poitrine et la terre, et le désert entendait mes gémissements. Vous ne pouvez
comprendre ma détresse ni comment je pleurais Dieu et le Paradis. Au Paradis,
j’étais heureux et joyeux. L’Esprit de Dieu me réjouissait, et je ne
connaissais aucune souffrance
Adam avait
perdu le Paradis terrestre et le cherchait en pleurant : "Mon
Paradis, mon Paradis, mon merveilleux Paradis". Mais le Seigneur, par son
amour sur la Croix,
lui ouvrit un autre Paradis, meilleur que le premier, un Paradis dans les Cieux
où resplendit la Lumière de la Sainte Trinité.
Que
donnerons-nous au Seigneur pour son amour envers nous ?
Écrits spirituels, p.
406-412.
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LE COMBAT SPIRITUEL
D’abord naissent dans l’âme de
ceux qui combattent les pensées passionnées, puis les passions se montrent, et
alors elles sont anéanties. Mais nous qui commettons le péché et entretenons
toujours les passions, nous ne savons pas quand naissent les pensées
passionnées, ni quand se dévoilent les passions pour combattre contre elles.
Nous sommes encore en bas, en Égypte, misérablement occupés à faire des briques
pour Pharaon. Qui nous donnera de prendre au moins conscience de notre amère
servitude, afin d’en être humiliés et de faire effort pour obtenir
miséricorde ?
Quand les fils d’Israël étaient en
Égypte au service de Pharaon, ils faisaient de la brique. Or ceux qui font des
briques sont constamment courbés, le regard fixé sur la terre. De même si l’âme
est asservie au diable et commet le péché, le diable foule aux pieds son
entendement, lui interdit toute pensée spirituelle et la contraint à toujours
considérer et accomplir les choses terrestres.
Et quand Dieu envoya Moïse pour
les faire sortir d’Égypte et les délivrer de la servitude de Pharaon, celui-ci
rendit plus lourds encore leurs travaux et leur dit : “Vous êtes des
paresseux, des paresseux ! Voilà pourquoi vous dites : Allons offrir
des sacrifices au Seigneur notre Dieu”. De même quand le diable voit que Dieu
s’est penché sur une âme pour lui faire miséricorde et la soulager de ses
passions, soit par sa parole, soit par l’un de ses serviteurs, alors lui aussi
l’accable davantage sous le poids des passions et l’attaque avec plus de
violence. Sachant cela, les Pères fortifient l’homme de leurs enseignements et
ne le laissent pas s’effrayer. L’un dit : “Es-tu tombé ? Relève-toi.
Tombes-tu de nouveau ? Relève-toi encore”. Un autre déclare : “La
force de ceux qui veulent acquérir les vertus consiste à ne pas se décourager quand
ils tombent, mais à reprendre leur résolution”. Bref, chacun à sa manière,
d’une façon ou d’une autre, tend la main à ceux qui sont combattus et
tourmentés par l’ennemi.
Quand, sous la conduite de Moïse,
les fils d’Israël eurent quitté l’Égypte et passé la mer Rouge, Dieu, voulant
les faire aller aux soixante-dix palmiers et aux douze sources d’eau, les mena
d’abord à Méra, et le peuple se désola de ne pas trouver à boire, parce que
l’eau était amère. Puis, de Méra, Dieu les conduisit à l’emplacement des
soixante-dix palmiers et des douze sources d’eau.
Ainsi l’âme qui a cessé de
commettre le péché et traversé la mer spirituelle, doit d’abord peiner dans la
lutte et de multiples afflictions ; et c’est ainsi, à travers les
épreuves, qu’elle entrera dans le saint repos. Car les épreuves amènent la
miséricorde de Dieu sur l’âme, tout comme les vents déclenchent la pluie. Mais
la pluie trop fréquente fait pourrir le bourgeon encore tendre et détruit son
fruit, tandis que les vents le font peu à peu sécher et lui rendent vigueur ;
il en est ainsi pour l’âme : le relâchement, l’insouciance et le repos
l’amollissent et la dissipent ; les tentations au contraire la recueillent
et l’unissent à Dieu.
Œuvres complètes - Instruction 13, 145-148.
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LE PASSAGE DE LA MER ROUGE
Moïse crie vers le Seigneur.
Comment crie-t-il ? Aucun son ne se fait entendre, et pourtant Dieu lui
dit : "Pourquoi cries-tu vers moi ?" Je voudrais savoir
comment les saints crient vers le Seigneur sans paroles. L’Apôtre nous apprend
que Dieu a mis en nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie : "Abba,
Père". Et il ajoute : "L’Esprit lui-même intercède pour nous en
des gémissements ineffables". C’est donc lorsque l’Esprit Saint intercède
près de Dieu que les cris des saints se font entendre.
Que se passe-t-il ensuite ?
Moïse reçoit l’ordre de frapper la mer de son bâton pour qu’elle se divise et
se retire quand le peuple de Dieu y pénètre, de telle sorte que la masse des
flots soit au service de la volonté divine. Et l’eau qu’ils craignaient s’éleva
comme un mur à droite et à gauche des serviteurs de Dieu, muraille qui, loin de
leur nuire, leur servit de rempart.
Quel enseignement nous est-il
donné par-là ? Nous vous avons déjà signalé l’interprétation de l’Apôtre.
Il appelle ce passage "un baptême accompli en Moïse, dans la nuée et la
mer". Toi donc qui vas être baptisé dans le Christ, dans l’eau et dans
l’Esprit Saint, sache que derrière toi les Égyptiens te poursuivent ; ils
veulent te ramener à ton ancienne servitude, auprès des princes de ce monde et
des esprits mauvais dont tu étais l’esclave. Ils cherchent à t’atteindre, mais
tu descends dans l’eau et tu t’échappes sain et sauf ! Après avoir lavé
les souillures de tes péchés, tu remontes, homme nouveau, prêt à chanter le
cantique nouveau. Quant aux Égyptiens qui te poursuivent, ils seront ensevelis
dans l’abîme, même s’ils ont l’air de prier Jésus de ne pas les y jeter.
Nous pouvons aussi interpréter
autrement cet épisode : si tu fuis l’Égypte, si tu fuis les ténèbres de
l’ignorance pour suivre la Loi divine qu’est Moise, tu vas te heurter à la mer, et des flots de contradicteurs
vont déferler sur toi. Frappe alors les eaux contraires avec le bâton de Moïse,
c’est-à-dire avec la Parole de la Loi. Avec une attention vigilante aux Écritures, fraie-toi un chemin au milieu de tes
adversaires, en discutant avec eux. Les eaux céderont aussitôt, et les vagues
domptées livreront passage aux vainqueurs ; et à l’étonnement et à la
stupeur de ceux qui, peu auparavant te combattaient, tu t’ouvriras le droit
chemin de la foi en suivant les règles de toute controverse. Tu feras de tels
progrès en doctrine que ceux qui t’auront entendu, ceux que tu auras instruits
avec ce bâton de la Loi se dresseront eux-mêmes contre les Égyptiens comme les vagues de la mer :
non contents de les combattre, ils les terrasseront et les extermineront.
Car il extermine l’Égyptien, celui
qui n’accomplit pas les œuvres des ténèbres ; il extermine l’Égyptien,
celui qui ne vit pas selon la chair, mais selon l’Esprit ; il extermine
l’Égyptien, celui qui chasse de son cœur les pensées souillées et impures et ne
leur en permet même pas les abords. Et c’est ainsi qu’aujourd’hui encore, nous
pouvons voir "les cadavres des Égyptiens étendus sur le rivage",
leurs chars et leurs chevaux submergés. Nous pourrons y voir englouti le
Pharaon en personne, si nous vivons avec assez de foi pour que "Dieu
terrasse promptement Satan à nos pieds", par Jésus-Christ notre Seigneur,
à qui sont gloire et puissance dans les siècles des siècles. Amen.
5ème Homélie sur l’Exode, 4-5, PG 9, col. 261 &
262
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